Gurian-Consulting Service de presse - 2018-06-05

La Géorgie, le berceau du vin

pict_La Géorgie, le berceau du vin

2006 est une année importante pour les producteurs de vin en Géorgie. Cette année-là, le climat politique entre la Géorgie et la Russie est tendu. Face aux initiatives de rapprochement de la Géorgie vers l'UE, la Russie décide l'embargo sur les importations de vin géorgien. Du jour au lendemain, les producteurs géorgiens perdent 90% de leur marché traditionnel d'exportation. Cette interdiction a finalement été une crise salutaire pour la Géorgie, contrainte de trouver de nouveaux débouchés à ses produits. 

Comment? En partie grâce au storytelling: le conte de la Géorgie est unique. Le monde l'a savouré. Au cours de la dernière demi-décennie, il est difficile de trouver un amateur de vin qui n'ait pas rêvé de se rendre à Tbilissi.

Car après tout, La Géorgie n'est pas juste un pays viticole comme un autre. La Géorgie, c'est la terre où la vigne a été domestiquée pour la première fois, il y a plus de 8000 ans, comme l'ont prouvé les dernières recherches archéologiques qui ont exhumées les jarres en terre cuite contenant les plus anciens résidus de vin pur.

La Géorgie possède un patrimoine extraordinaire de variétés autochtones (540 cépages authentifiés) et des techniques de vinification uniques, elles aussi inchangées depuis plus d'un millénaire, voire plus. Des arguments très séduisants pour le mouvement promouvant le vin naturel qui se développe dans le monde entier, et pour ceux qui perçoivent la vinification moderne comme une impasse !

Les amateurs de vin, qui se rendront en Géorgie un jour prochain, vont découvrir un pays où les vrilles de la vigne tissent une tapisserie entre l'église, l'état et la culture nationale, sans aucune autre comparaison au monde.

Pour les Géorgiens, cultiver la vigne et faire du vin "était une route vers Dieu", la naissance du vin qvevri était «comme une prière» et la légende avait décrété que la Géorgie «devint la vigne du Seigneur». Rien de tout cela ne sonne étrangement aux oreilles géorgiennes.

Jusqu'à récemment, plus de la moitié des actifs en Géorgie travaillaient dans l'agriculture, particulièrement dans la viticulture, son segment le plus important. La vigne est partout, même en ville, où les Géorgiens urbains font leur propre vin, dans les cours, les garages, sur les balcons. Les feuilles de vigne et les grappes de raisin s'invitent partout dans l'iconographie nationale, dans les sculptures de bois, dans les frises de pierre et tous les détails architecturaux. Lors du supra, le banquet traditionnel, le maître des toasts géorgien ou Tamada est une figure unique, inégalée dans n'importe quelle autre culture, et remonte à la Haute Antiquité.

L'embargo russe a été levée en 2013 et ces cinq dernières années ont vu la production vinicole en Géorgie se développer comme un tourbillon. Les Russes ont immédiatement redécouvert leur passion pour le vin géorgien - alors que les Ukrainiens, eux, ne l'ont jamais perdu. Ces deux pays absorbent actuellement le plus gros des exportations du pays (la Russie représentait à elle seule 70% des exportations de vin en 2017). La Géorgie a toutefois réussi à négocier et à signer des accords de libre-échange avec l'UE et, plus récemment, avec la Chine.

Les ventes en Chine ont doublé en une seule année entre 2016 et 2017 et continuent de croître. C'est maintenant d'après les chiffres officiels de 2017, le troisième importateur de vin géorgien. De plus, l'Initiative chinoise One Belt One Road ( le programme ambitieux de construction d'un nouveau réseau de routes multimodales qui doivent relier Pékin et L'Europe en moins de 10 jours d'ici 2023), et qui vise à faire de l'Eurasie (sous domination chinoise) un contrepoids économique et commercial à la zone transatlantique (dominée par les États-Unis), devrait profiter davantage à la Géorgie et renforcer ses liens commerciaux entre ces deux grands ensembles économiques.

En termes de tourisme et d'investissements étrangers, la Géorgie a connu un énorme regain d'intérêt, de la part des Russes eux-mêmes, qui apprécient la gastronomie et le vin géorgien, son ouverture intellectuelle et sa liberté d'expression, contrastant tellement avec le régime « maison », à l'atmosphère si oppressive.

Pendant ce temps, les touristes iraniens, azéris et du Moyen-Orient affluent vers les nouveaux casinos et hôtels de luxe de Tiblissi et de Batoumi, tandis que les entrepreneurs turcs et chinois créent leurs propres entreprises privées en Géorgie, tout comme les entrepreneurs agricoles iraniens. Les hipsters d'Europe de l'Ouest fondent sur la scène musicale électronique de Géorgie, considérée comme la deuxième en terme de créativité par Berlin. La Géorgie est un petit pays, qui se veut extrêmement libéral et ouvert, c'est sa philosophie pour survivre...

Le problème majeur pour les producteurs de vin de Géorgie est que les marchés traditionnels comme la Russie et l'Ukraine restent majoritairement à faible valeur ajoutée, et que le nouveau marché chinois pourrait facilement glisser dans la même direction. Actuellement le prix de vente d'une bouteille est inférieur à 2 dollars, sur ces deux marchés historiques. Ce n'est pas très bon pour la production de vin en Géorgie, qui avec 50 millions de bouteilles par an, de vins rares, devrait plutôt élever ses prix.

Le potentiel est pourtant fabuleux. Les Géorgiens ont compris qu'ils avaient désormais besoin d'élever leurs standards pour atteindre le niveau des crus européens, et chaque entreprise vinicole est incitée actuellement par le Gouvernement à hisser au moins 15% de sa production au niveau des crus européens. En d'autres termes, l'Ukraine, la Russie et la Chine c'est très bien, mais la Géorgie a besoin des marchés d'Europe occidentale, des États-Unis et du Japon. Et pour cela doit, elle doit élever le niveau global de sa qualité.

Des livres récents sur le vin géorgien publiés par Alice Feiring (Pour l'amour du vin: mon odyssée à travers la plus ancienne culture viticole au monde), Miquel Hudin et Daria Kholodilina (Géorgie: le berceau du vin), Carla Capalbo (Un voyage gastronomique et œnologique dans le Caucase) et Matthew Horkey et Charine Tan (Déboucher le Caucase), ainsi qu'un livre de Simon Woolf sur les vins ambrés (la Révolution Ambrée), montrent un intérêt occidental considérable.

L'attention des médias sur la Géorgie s'est concentrée jusqu'à présent sur un petit nombre de producteurs de vin artisanaux travaillant le vin naturel de qvevris. Alice Feiring, notamment, a conçu son travail comme une sorte de combat contre la «modernisation» en Géorgie. Une conception qui ne sert pas nécessairement l'intérêt des producteurs de vins géorgiens, ni celui de la communauté mondiale des consommateurs de vin.

En effet, l'appropriation culturelle du vin qvevri par les partisans du vin naturel est source de frustration chez les producteurs de vin géorgiens. En particulier en raison du taux de réussite variable des vins produits de cette manière, où les normes européennes de production ne sont pas encore appliquées. Une grande partie des producteurs de vin de qvevri actuellement ne sont jamais sûr de la manière dont leurs vins vont se présenter en sortie de jarre en terme de profil et de qualité. Ceci est, encore une fois, dû actuellement au manque de normes de production. En effet, chaque qvevri (les jarres de terre cuite donc) est potentiellement une jungle microbiologique, un potentiel accident de voiture sensoriel, à moins que le navire n'ait été scrupuleusement préparé, si la récolte a été soigneusement triée et nettoyée, si les pratiques de vinification ont été raffinées. On dit parfois qu'un élément d'imprévisibilité est inhérent au style, mais il y a eu trop d'accidents ces derniers temps...

En raison de ces problèmes récents avec les vins naturels « déviants », la Géorgie a désormais introduit une exigence de dégustation obligatoire de tout vin destiné à l'exportation et dont la quantité est supérieure à 3000 litres - sauf pour les vins contenant moins de 40 mg / l de soufre. L'adage Caveat Emptor doit être, en Géorgie, pour le moment, respecté scrupuleusement.

Néanmoins, les exportations de vins géorgiens vers les marchés occidentaux sont en très forte hausse (+300% pour la France en 2017). Un supermarché britannique comme Marks & Spencer fait confiance, par exemple, au vin de Qvevris de Tbilvino (8 £ la bouteille). C'est, sans aucun doute, le signe que les consommateurs européens sont prêts à accueillir les vins de qualité en provenance de Géorgie.

Les réaction des consommateurs de ce vin sur le site Internet de Marks & Spencer sont très encourageantes "Très joli vin, intéressant, de couleur orange. Je dirais que c'est plutôt un vin rouge, même si les critiques disent que c'est plus un sherry. J'achèterais définitivement ce vin », dit une femme de 45-54 ans de Stoke-on-Trent; tandis qu'une femme du même groupe d'âge, résidant à Londres, déclare: «Je voulais un vin différent et je l'ai eu! La couleur du vin est jaune foncé par rapport aux autres blancs disponibles sur le marché qui sont pâles. Il a un goût merveilleux de pomme mais est finalement très complexe. Cela le rend cependant un peu lourd. Les critiques disent que c'est bien de le boire avec des fruits de mer mais je l'ai bu accompagné d'un poulet à l'ail et c'était divin. Je vais l'acheter à nouveau »....des Bonnes notes, donc.

Pendant ce temps, au Japon (où les vins géorgiens raflent tous les prix sur les salons oeunologiques), le fait qu'un sumotori géorgien appelé Levan Gorgadze (connu localement sous le nom de Tochinoshin) ait remporté la coupe de l'Empereur aidera probablement les ventes de vin géorgien là-bas plus que n'importe quel article de promotion d'un journal nippon.

Un autre aspect du vin géorgien, et qui n'a pas encore eu beaucoup d'impact au niveau international, ce sont les différences régionales. La Géorgie compte huit régions viticoles différentes (Kakheti, Kartli, Samtskhe-Javakheti, Imereti, Racha-Lechkhumi et Kvemo Svaneti, Guria, Samegrelo-Zemo Svaneti et Adjara) ainsi que 18 AOP.

La production de Kakheti, cependant, est dominante en Géorgie, avec environ 80% de la production. Les autres régions se battent actuellement pour gagner en notoriété. Le régionalisme du vin en Géorgie, de ses styles différents, l'expression articulée de la richesse variétale du pays, reste un projet promis au plus grand avenir, quand les normes de production auront été intégrées par tous les producteurs géorgiens...

Le dernier défi pour les consommateurs européens sont les étiquettes. Elles s'améliorent rapidement en Géorgie, mais les noms de lieux et des variétés écrites en géorgien ne sont évidemment pas faciles à lire pour les non-Géorgiens. Toute étiquette bilingue géorgien/ anglais qui communiquent les informations légales et un peu de l'histoire du vin doit inévitablement recourir à des tailles de police minuscules. Munissez vous d'une loupe puissante pour le déchiffrement. La révolution géorgienne de l'étiquetage a encore un peu de chemin à faire.

...est-ce que tout cela en vaut la peine?

Oui, sans aucun doute ! Aucun endroit du monde n'offre des vins comme ceux de Géorgie, les prix restent très compétitifs pour la qualité et l'intérêt pour ces vins est exponentiel. Qui ne voudrait pas essayer de goûter à la sixième espèce de vin au monde, l'Ambre tannique «blanc» basé sur un contact cutané de six mois dans un qvevri enterré? Et qui ne voudrait pas goûter le vin, berceau de la vigne eurasienne, il y a plus de 8.000 ans?

Nous allons pour compléter cet article, vous donner ultérieurement, une sélection de vins géorgiens qui sont actuellement en terme de qualité au Top (c'est une sélection et il y en bien d'autres). Cette sélection s'est concentrée sur la dégustation de vins de grandes entreprises, qui constituent la majeure partie de l'offre d'exportation du pays, ainsi qu'une gamme de vins expérimentaux micro-vinifiés de certaines des nombreuses variétés indigènes de la Géorgie et moins connues. Les plus intéressants sont trois rouges, Adanasuri (structuré et presque austère, comme un rouge Piémontais), Simonaseuli (juteux et charnu, mais avec une profondeur et une structure suffisante) et Mujuretuli (une variété parfumée qui se prête à la « semi-sweet » si populaire en Géorgie), ces vins suggérent qu'il est peut-être dommage que le cépage Saperavi ait une telle mainmise sur la scène viticole géorgienne.

Les vins vinifiés en qvevris seront indiqués comme tels. Tous les autres vins évalués ont été vinifiés de manière « classique ».

http://investments-in-georgia.com - 359